Aussi avez-vous restitué cette souffrance mais de la seule manière que vous pouviez, c’est-à-dire pure, débarrassée de toutes les compensations que sont haine, vengeance, ironie, moquerie. Toute trace de coquetterie, tout souci d’esthétique comme la moindre recherche même légitime des effets, dénaturent la réflexion métaphysique, née d’une épreuve exceptionnelle de la vie.
La souffrance n’est vraie et exemplaire que si elle subit les injures et les quolibets comme l’enfant désarmé reçoit les coups, avec un regard étonné. La dernière ressource de celui qui a compris le monde moderne c’est de s’exposer aux gifles. Ce ne fut pas là le résultat d’une délibération, vous vous êtes reproduit vous-même et il se trouve que dans cette image, il n’y rien à retrancher, rien à ajouter : elle est en quelque sorte le miroir où se réfléchit l’aventure misérable du monde moderne : votre diagnostic est compatissant mais implacable.